Jacques Cesa

 

 

Jacques Cesa, né le 12 juin 1945 à Bulle et mort le 22 août 2018, est un peintre, graveur, dessinateur et plasticien suisse originaire de la Gruyère. Son œuvre, profondément enracinée dans les paysages alpins, la mémoire paysanne et les questions humaines et sociales, s’étend de la peinture monumentale à la gravure sur bois, en passant par le vitrail, la mosaïque et les interventions artistiques dans l’espace public.

 

 

 

Fils d’Henri Cesa, peintre en lettres d’origine italienne, et de Germaine Charrière, originaire de Cerniat, Jacques Cesa grandit à Bulle avec sa sœur Pia et ses frères Bruno et Marco. Après sa scolarité à Bulle, il débute un apprentissage de peintre en lettres dans l’atelier de son père. En 1962, encouragé par le graveur Jean-Pierre Kaiser, il quitte cet apprentissage pour intégrer l’École cantonale des beaux-arts de Lausanne. Durant ses études, il développe déjà une approche pluridisciplinaire mêlant théâtre, poésie, musique et arts visuels. En 1964, il écrit et interprète notamment François Villon, évocation poétique et musicale réalisée avec le compositeur Christian Boschung.

 

 

 

Diplômé en 1967 après cinq années d’études, il reçoit le Prix Aloïs Senefelder pour la gravure. Il expose alors avec le groupe Épreuve à Lausanne et Fribourg. Sa première grande exposition personnelle, Au-delà du visage, est inaugurée en 1969 aux Halles de Bulle.

 

 

 

En 1970, il rencontre Hélène, qui deviendra son épouse et sa principale collaboratrice dans de nombreux projets culturels. Le couple se marie le 3 juillet 1971 à la chapelle des Sciernes d’Albeuve et s’installe à Montbovon, puis à Broc avant de revenir à Bulle. La naissance de leur famille inspire plusieurs séries de peintures, notamment Genèse et Lettres à Hélène. Durant cette période, Jacques Cesa développe également une importante activité de création monumentale. Il réalise des peintures murales, vitraux et mosaïques dans des édifices publics, écoles, églises et bâtiments privés de Suisse romande.

 

 

 

Entre 1972 et 1976, il collabore à l’école autogérée de Bouleyres à Broc, où il anime des ateliers d’expression artistique pour enfants et adultes. De 1972 à 1973, il crée les vitraux Mystères douloureux et vertus théologales pour l’église de Porsel. En 1974, sa peinture monumentale L’Adieu à la terre, installée sur une façade de la Grand-Rue de Bulle, est interdite par les autorités communales puis démontée, événement marquant dans son parcours artistique. À partir de cette époque, il mène de nombreux projets collectifs avec des enfants, notamment dans les écoles de Marly, Bulle, Givisiez et Le Pâquier.

 

 

 

Dans les années 1980, son œuvre connaît une importante expansion. Il réalise des fresques, mosaïques et vitraux dans plusieurs villes suisses, notamment à Bulle, Estavayer-le-Lac, Fribourg, Rossens, Meyrin ou Yverdon. En 1984, il fonde avec plusieurs proches l’atelier-galerie Trace-Ecart à Bulle, lieu consacré à la création contemporaine, à la gravure et aux échanges artistiques. Il devient également membre de l’association suisse des graveurs sur bois Xylon. Son travail se distingue par un univers expressionniste et symbolique fortement nourri de littérature, de musique et de spiritualité.

 

 

 

Parallèlement à ses expositions en Suisse et à l’étranger, Jacques Cesa développe une œuvre monumentale importante intégrée à l’architecture. Parmi ses réalisations figurent notamment les mosaïques de l’Hôtel de Ville de Bulle, les vitraux de l’église de Rossens, les aménagements artistiques de la gare de Bulle, les pavements d’Estavayer-le-Lac et d’Yverdon, ainsi que plusieurs œuvres religieuses, dont le Retable des Béatitudes pour l’église de Villars-sous-Mont.

 

 

 

Dans les années 1990, il approfondit son lien avec les paysages alpins et le monde pastoral. Il séjourne régulièrement dans les vallées du Petit-Mont et du Gros-Mont afin de préparer l’exposition Portrait d’une vallée, présentée en 1994 au Musée gruérien. Cette même année, il reçoit le Prix culturel de l’État de Fribourg. Son œuvre met alors de plus en plus l’accent sur la mémoire des territoires de montagne et les mutations du monde rural.

 

 

 

Avec son épouse Hélène, il organise dès 1995 des voyages culturels liés à l’histoire de l’art dans le cadre de Trace-Ecart. Ces séjours contribueront à ouvrir davantage son travail à d’autres cultures. Au début des années 2000, il entreprend plusieurs voyages au Maroc, notamment dans les villages berbères de l’Atlas, où il développe le projet Gruyère-Atlas. Cette expérience donne lieu à des expositions, publications et films documentaires, ainsi qu’à la création de l’association Gruyère-Atlas.

 

 

 

En 2000, il participe également à la fondation du Festival Altitudes, consacré aux liens entre art, montagne et spiritualité, organisé à l’ancienne chartreuse de la Part-Dieu au-dessus de Bulle. Ce festival devient l’un des principaux espaces de diffusion de son travail dans les dernières années de sa vie.

 

 

 

À partir de 2015, Jacques Cesa entreprend le projet A contre-courant consacré aux migrations en Méditerranée. Grâce à une bourse de mobilité du canton de Fribourg, il remonte en camping-car les routes migratoires jusqu’à Lampedusa afin de documenter l’exil par le dessin, le pastel et la gravure. Ce travail aboutit notamment au livre Aller simple à Lampedusa, publié en 2017, ainsi qu’à plusieurs expositions et installations monumentales sur le thème de l’exil.

 

 

 

En parallèle de son activité artistique, Jacques Cesa collabore régulièrement avec d’autres artistes, écrivains et musiciens, parmi lesquels Jacques Rime, Dominique Gex, Battiste Cesa ou encore Massimo Baroncelli. Son œuvre entretient un dialogue constant avec la littérature, notamment Friedrich Nietzsche, Virgile, Jérémias Gotthelf ou Giovanna Marini.

 

 

 

Atteint d’un cancer diagnostiqué en janvier 2018, il poursuit néanmoins son travail jusqu’aux derniers mois de sa vie. Il réalise alors ses ultimes gravures, intitulées 7 jours pour l’exil, en résonance avec son projet A contre-courant. Il meurt le 22 août 2018 à l’âge de 73 ans.

 

 

 

En 2019, l’Association Jacques Cesa est créée par sa famille et ses proches afin de préserver et promouvoir son œuvre. En 2022 paraît L’Almanach des graveurs, dernier projet collectif initié par l’artiste avec les graveurs de Trace-Ecart.